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Pourquoi Sri Aurobindo est cool
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La Manifestation du Supramental
Le lendemain matin, pour préparer mon entretien avec Heehs, je m’aventurai du côté de la bibliothèque de l’ashram pour voir ce que je pourrais découvrir sur ce prodigieux événement par lequel, m’avait-on dit, la Mère « avait fait se manifester le Supramental “dans l’atmosphère terrestre” ». Là, au milieu des archives, j’appris qu’après le décès de Sri Aurobindo en 1950, la Mère avait entrepris une immersion intense dans ses efforts yoguiques propres, une immersion à ce point profonde qu’à un moment elle mit même en garde les gens : ils ne devaient pas la toucher tant la force qui la traversait était puissante (affirmation dont on rapporte que la preuve fut apportée lorsqu’un disciple toucha accidentellement son doigt et fut mis K.O. par la puissance de la force.)
C’est au milieu de cet effort yoguique intensif qu’advint, le 29 Février 1956, le « Jour d’Or » sans précédent et tant attendu. Comme on le raconte, c’était un Mercredi soir ordinaire, et tous les disciples s’étaient rassemblés au terrain de jeux de l’ashram pour les entretiens hebdomadaires de la Mère et la méditation. Mais comme elle l’écrivit plus tard dans un message à ses disciples, ce qui se produisit en ce jour décisif allait bien au-delà d’une méditation :
Ce soir, la Présence Divine, concrète et matérielle, était là, présente au milieu de vous. J’avais une forme d’or vivant plus grande que l’univers, et je faisais face à une porte d’or énorme et massive, qui séparait le monde du Divin. Et tandis que je regardais la porte, j’ai su et voulu, en un seul mouvement de conscience, que « le moment est arrivé » et, levant à deux mains un puissant marteau d’or je frappai un coup, un unique coup sur la porte, et la porte vola en éclats. Alors la Lumière, la Force et la Conscience supramentales se précipitèrent sur la terre en un flot ininterrompu.
Comme on la raconte, l’expérience qu’eut la Mère ce soir-là était irrésistible. Et cela à tel point que, comme Peter Heehs allait me le raconter, à la fin de la méditation « elle leva les yeux, pensant les trouver tous assommés net, aplatis sur le sable du terrain de jeux. » Mais à son grand étonnement, expliqua Heehs, « Ils étaient tous assis là exactement comme si rien ne s’était produit. Et en ce qui les concernait, rien ne s’était produit. » Mais en dépit du manque d’impact immédiat, la Mère demeura ancrée dans sa conviction que la grande percée s’était bien produite. Et deux mois plus tard, le message suivant parut dans le journal de l’ashram :
Seigneur, Tu as voulu, et j’exécute :
Une lumière nouvelle apparaît sur la terre,
Un monde nouveau est né.
Les choses promises sont accomplies.
Les « choses promises », dans ce cas, ne signifient rien moins que le début d’une dynamique nouvelle de l’évolution qui s’introduit dans la « conscience de la terre » et, comme l’a dit Sri Aurobindo, une dynamique telle « qu’elle ne pouvait manquer d’exercer une immense influence sur l’ensemble de l’humanité », et qui avec le temps, accomplirait en fin de compte une transformation en bloc de la vie sur terre.
Sri Aurobindo comme la Mère attendaient de cette percée évolutive qu’elle entraîne de vastes changements globaux, et j’ai voulu que Heehs me fasse savoir, de son point de vue d’historien, comment il pensait que cela se produisait : est-ce que l’histoire avait confirmé les prédictions ? Il me résuma ainsi le sujet : « J’ai horreur de le dire, mais il y a cinquante-cinq ans de cela et, de façon visible en tout cas, les choses ne se sont pas beaucoup améliorées. Bien sûr, on parle là d’un développement cosmique, et on ne s’attend pas nécessairement à ce que tout le monde devienne doré demain, mais…. »
Cet après-midi-là, en faisant ma tournée dans l’ashram pour faire mes adieux et mes remerciements aux nombreuses personnes extraordinaires que j’y avais rencontrées au cours de cette semaine, je demandai à tous ceux que je croisais ce qu’ils pensaient de la manifestation supramentale : s’était-elle véritablement produite et, si c’était le cas, quels en avaient été les effets ? Alors, au long de ces quelques dernières heures passées à Pondichéry, un tableau très différent se mit à émerger : un tableau qui, un peu d’imagination aidant, commençait même à ressembler aux pâles débuts du monde nouveau dont Sri Aurobindo et la Mère avaient eu il y a si longtemps la vision. Il était clair que presque tous pensaient que la manifestation supramentale s’était effectivement produite. A leurs yeux en réalité, ses effets unificateurs pouvaient être aperçus partout : depuis la tendance vers la globalisation jusqu’à l’intérêt croissant pour le mysticisme en Occident, depuis la préoccupation grandissante pour l’environnement jusqu’à la chute du mur de Berlin, depuis la coalition internationale contre le terrorisme jusqu’à l’émergence d’internet, depuis la fin de l’apartheid jusqu’à l’amélioration des droits des femmes, du New Age à la nouvelle physique, ils ressentaient que où que le regard se pose, on trouve des mouvements vers l’unité sans précédents, qui auraient été impossibles auparavant. Et tout cela, dans l’esprit des croyants les plus engagés, pouvait ultimement être rapporté à ce qui s’était produit ce soir-là, un soir par ailleurs tranquille, au terrain de jeux de l’ashram.
L'appel pour l'évolution
« Alors, quel est le dernier compte-rendu depuis le laboratoire ? » demanda Andrew au début de notre première conférence de rédaction depuis mon retour aux Etats-Unis.
« Il y a beaucoup à intégrer, répondis-je, en quatre jours seulement, j’ai à peine égratigné la surface. Mais rien qu’après une brève visite, je sens qu’à coup sûr j’éprouve un goût de ce que faisaient Sri Aurobindo et la Mère. Il y a un dynamisme chez les gens d’ici, une sorte d’intérêt éveillé pour la vie, pour les autres, chose inhabituelle dans le cadre d’un groupement spirituel, particulièrement en Inde. Je veux dire que Sri Aurobindo et la Mère étaient eux-mêmes tellement dynamiques ; et puis tu sens réellement ce même genre de courant évolutif ici dans l’air. C’est un lieu puissant.
« Mais, vous voyez, par rapport à mes considérations initiales sur Sri Aurobindo, je dois vous dire qu’après tout ce que j’ai appris, je suis plus certain que jamais que tous les deux, lui comme la Mère, étaient incroyablement cool. »
Carter rit : « Allez, ça va, on a déjà eu notre dose. »
« Je parle sérieusement. Ecoute : à un certain moment, Sri Aurobindo a écrit quelque chose sur l’importance qu’il y a à cultiver un corps fort et en bonne santé, comme faisant partie de la préparation en vue d’une transformation véritablement intégrale. Devine ce que la Mère a fait en réponse… Elle a construit une salle de musculation, une piscine olympique, des courts de tennis, une piste de course à pied, un terrain de foot avec stade, un terrain de basket et une salle d’aérobic. »
Elizabeth leva un sourcil. « Une salle d’aérobic ? »
« C’était juste pour voir ta réaction, dis-je en riant, mais le reste est entièrement vrai. Elle a lancé toute l’école de l’ashram dans un régime athlétique compulsionnel, sept jours sur sept, qui comprenait les arts martiaux et de la boxe – même pour les filles. »
« De la boxe dans un ashram ? Joli coup d’essai. » Elizabeth n’allait pas tomber dans le panneau à nouveau.
« Là je suis sérieux. Et tout cela remonte aux années cinquante. En Inde ! Et vous savez ce que j’ai appris d’autre ? Il semble bien qu’au tout début de la seconde guerre mondiale, Sri Aurobindo ait réellement donné de l’argent aux Britanniques pour les aider à mener la guerre. Et il faut se souvenir que peu d’années auparavant, il avait été leur ennemi numéro un et qu’à cette époque la question de l’indépendance de l’Inde n’était toujours pas résolue. Je veux dire qu’il parlait d’une vision globale, et qu’il accordait pour de bon ses actes à ses paroles. En ce qui concerne la question de savoir s’il avait aussi aidé à mener cette guerre avec son pouvoir spirituel, eh bien, je veux dire, j’ai réellement entendu cette histoire étonnante : il y avait un sergent américain, dont la section allait se faire encercler par les nazis, lorsque subitement une sorte de personnage éthéré lui apparut dans l’air et lui donna des indications explicites sur la façon de mettre ses hommes en lieu sûr. Et cela a marché.
Et puis, après la guerre, ce sergent se trouva en Inde, se retrouva en visiteur à Pondichéry, et s’aperçut que c’était Sri Aurobindo qui lui était apparu ! Bon, je ne sais pas trop si j’y crois ou pas, mais…. Qu’est-ce que Shakespeare disait … : « il y a au ciel et sur terre plus de choses que ce qu’on y rêve… »
« Eh bien, cela ne fait pas de doute qu’il est, comme tu l’as dit, complètement, excessivement cool, acquiesça Andrew. Il a tant fait de choses remarquables que je dois sans cesse me remettre en tête qu’on est en train de parler d’une personne réelle. Mais vous voyez, par-dessus tout, ce que je trouve tellement extraordinaire à son sujet, c’est sa volonté de se tenir seul debout dans cette vision de l’évolution à une époque où il était vraiment le seul à la voir de cette façon. C’est comme si un jour cette ardeur pour manifester la vie divine s’était emparée de lui et qu’il n’avait jamais fait machine arrière. Le monde a besoin de gens qui aient la volonté de mener ce genre de combat pour les raisons les plus élevées possibles. Et voyez le résultat, tout ce qu’il nous a révélé à tous. »
Carter approuva de la tête. « C’est extraordinaire. Je suis étonné de voir combien il est éclairant, et à quel point il trouve encore écho un demi-siècle plus tard. Au fait, Craig, c’était pas une des missions de ton voyage, de montrer à nos lecteurs pourquoi Sri Aurobindo n’est pas seulement cool, mais aussi qu’il a une grande pertinence pour l’éveil au vingt-et-unième siècle ? »
« Tout à fait. Et pour être honnête, aujourd’hui, je suis tellement enthousiasmé par ses enseignements que je crois que je pourrais écrire un livre sur le sujet. »
« Et si tu nous faisais la version courte? » sourit Carter.
« Ce que je crois que Sri Aurobindo a à dire à l’humanité aujourd’hui, ce qui sera pertinent, je pense, jusqu’au jour où le monde entier sera effectivement devenu divin jusqu’aux quarks, c’est que l’évolution a besoin de notre participation. D’une certaine façon, c’est cela la partie la plus inspirante et dynamisante de sa vision : qu’au travers des choix que nous faisons tous les jours, nous pouvons aider à faire aller l’évolution de l’avant vers ce but glorieux et divin dont il a parlé. C’est comme s’il était en train de dire, en un certain sens, que l’orientation est déjà prise mais que le pouvoir de l’accomplissement repose entièrement entre nos mains. Et c’est ça la bonne nouvelle : nous pouvons le réaliser. En fait, vu l’état dans lequel se trouve le monde, nous devons réaliser ce but. Tant de choses sont possibles. Alors, à celui d’entre nous qui penserait encore que l’éveil consiste à attendre la grande explosion qui nous fera sortir d’ici, il dit : « Eveille-toi, et rejoins la révolution. La révolution de la conscience. La révolution de l’évolution. »
« Car il y a quelque chose qu’il faut faire naître ici, et que le monde n’a pas encore vu. Et c’est là, pour moi, que Sri Aurobindo va rester pertinent encore longtemps. »
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