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ajja

lee lozowick

vimala thakar


Qui est Ajja?

Rencontre avec l’absolu


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AC: Quand vous parlez d’action désintéressée, faites-vous spécifiquement référence à la pratique spirituelle ? Ou à une autre forme d’action désintéressée ?

Ajja :Toute action qui est faite comme un devoir sans attente d’un résultat. Toute action, si vous la faites sans attente ni égoïsme, est transformée en devoir. Cela vous conduit à un état où il n’y a pas d’émotions. L’Etre fait, mais la personne ne fait rien. Il n’y a pas la sensation que « je suis en train de faire quelque chose ». Qu’est il arrivé à ce “je“ ?
Cette évolution se fait pas à pas. Ça n’arrive pas tout d’un coup. Cela doit passer par différents étapes. Cependant, même le plus élémentaire état de béatitude est la Béatitude elle-même. La nature de la béatitude est Béatitude même. Béatitude est Béatitude. Cette béatitude est la réalité éternelle. Cette béatitude est la Vérité éternelle. Cette béatitude qui est réalité éternelle est béatitude éternelle. C’est la Béatitude suprême. C’est la Béatitude brahmique [absolue]. Et c’est cela Ananda [béatitude spirituelle]. Il n’y a rien là – aucun état. Expérience et mots ne peuvent l’atteindre. La véritable nature du soi individuel est cette béatitude même. Et le chemin le plus facile et le plus court est de demeurer toujours dans cet état sahaja [naturel] qui est notre nature originelle.
La question peut surgir : « Où est cette béatitude ? ». Cette béatitude est ici et maintenant, toujours présente. Quand ce jivatma [moi individuel] est abandonné, cette béatitude est là, déjà existante. L’âme individuelle a la contrainte de l’action, mais le Suprême n’a pas cela. Il n’y a même pas de naissance pour le Soi. Donc allons au-delà de ce monde dualiste de l’action, évoluons et atteignons le Paramatma [Soi suprême].
Pour tout cela, la méditation est le point de départ. Au début, il faut se mettre en position de méditation. On a besoin de cette préparation intérieure. On a besoin de se discipliner. Mais ce n’est pas suffisant de seulement s’asseoir. Ce n’est pas seulement le corps qui doit s’asseoir ; l’espritaussi doit s’asseoir. L’esprit ne doit pas vagabonder. A moins que l’espritsoit contrôlé, il n’y a pas méditation. Le vagabondage de l’esprit lui-même est le monde.

AC: Oui. L’esprit est le monde.

Ajja :Donc au début, l’esprit doit devenir immobile. L’esprit vagabonde et cela doit cesser. Par la méditation, l’esprit se tourne vers l’intérieur. Et cela doit arriver non seulement en méditation, mais aussi au sein de l’action.
Rien de ce que nous prenons pour réel en ce monde ne l’est vraiment. Quand ce monde devient irréel pour nous, alors la vraie réalité se révèle. C’est le début. En cela, nous réalisons qu’il n’y a pas de mort, qu’il n’y a pas de vie, qu’il y a seulement de l’existence. A un moment ou un autre, nous devrons tous mourir. Mais je ne parle pas de la mort de ce corps. Il y a un autre sorte de mort – une mort de laquelle on ne peut pas renaître. Quand celui qui continuait à revenir pour se réincarner meurt, c’est la mort véritable – comme dans mon cas, où toutes les expériences sont passées. Maintenant, ici dans cet état, il n’y a rien.

AC: Quand vous dites qu’il n’y a rien ici, voulez-vous dire que vous n’avez aucune expérience en cet instant ? Vous semblez exprimer beaucoup.

Ajja :A qui appartient l’expérience ? Des mots sortent, c’est vrai. A travers ce véhicule, une force inconnue agit, une puissance est à l’œuvre, qui utilise ce corps comme un instrument. Ce n’est pas ce corps qui parle. Il y a une puissance qui inspire ce corps, l’intellect, et l’esprit. En chacun de nous, la même chose se produit, mais souvent nous disons « Je suis en train de parler ». Ici, ce n’est pas le cas. Les mots sortent seulement. C’est la différence. Je ne dis pas « Je dis, je parle ».

AC: Dans ma propre expérience, la relation entre cet état de béatitude, dans lequel il n’y a pas de “je“, et l’action parfaite dans le monde du temps et de l’espace apparaît comme très mystérieuse. Aussi ma question persiste, j’aimerais en savoir plus sur la façon dont vous définissez cette relation chez celui qui est réellement établi dans cette conscience béatifique où il n’y a pas de notion de “je“. Comment les actions de cet individu dans le monde expriment-elles la perfection de cette condition ? Quelle est la relation entre cet état et l’expression de l’action parfaite dans le monde des apparences ?

Ajja :Mon niveau d’interaction est totalement différent. Il n’y a pas de relation entre les deux dans mes actions. Quelle est votre compréhension d’une action parfaite dans le monde ?

AC: Une action parfaite représente une action qui provient de l’amour à l’état pur, dans laquelle il n’y a pas de sentiment d’individualité et pas d’intérêt personnel quel qu’il soit. Il n’y pas d’orgueil, pas d’avidité, pas d’égoïsme, pas de conscience particulière de soi-même. Et c’est aussi l’expression d’un amour pur qui n’a pas de notion de séparation aucune. Mais cette action a lieu. Toutes les âmes réalisées expriment cela.

Ajja :C’est difficile à exprimer, à mettre en mots, mais si l’on passe du temps en compagnie d’une personne qui vit dans une telle conscience de béatitude, alors il devient possible de comprendre. Un tel individu ne vous dira rien. Il communiquera seulement dans le silence. Mais par le contact avec lui, la compréhension peut se produire. On ne peut connaître cela que par l’expérience.
Qu’est ce que l’amour ? Parlons-nous de l’amour lié aux sens ? Ou est-ce au-delà des sens ? Certaines personnes sont l’incarnation de l’amour, mais la nature de leur amour est au-delà des sens. Nous ne pouvons le voir avec nos yeux. Nous ne pouvons décrire cet amour avec nos mots. Ils sont l’amour incarné. Cet amour n’est pas quelque chose qui peut être affiché. C’est leur nature originelle. Ce n’est pas quelque chose qu’ils expriment seulement. C’est leur nature pour toujours.

AC: C’est ce qu’ils sont.

Ajja :Ils existent dans ce monde, mais ils ne sont pas. Ils sont, et ils ne sont pas. C’est ce qu’est l’illumination de soi. C’est cela l’Atman [le Soi]. C’est cela la Béatitude. C’est cela la Vérité. C’est cela la Vie. Qu’elle vie est-ce ? Ce n’est pas une vie terrestre. C’est une vie au-delà de la dualité et au-delà de la mort.

AC: Donc, c’est dans leur façon d’être qu’est la réponse à la question de la relation entre le rien et le quelque chose.

Ajja :Ces choses sont au-delà de toute description. Nous ne pouvons pas l’expliquer. Nous ne pouvons que le voir et le comprendre. Ce n’est pas parce qu’ils ont quelque chose à dire qu’ils parlent. Ce n’est pas possible de décrire la béatitude. Quand vous êtes dans l’état de béatitude, c’est une expérience, mais il n’y a personne pour en parler. Les mots sortent, mais entre les mots qui sortent et cette réalité ultime, il n’y a pas de relation. L’état réel et les mots qui le décrivent ne sont pas liés. Cela existe seulement en tant que Soi-même. Les mots montrent Cela, ils manifestent Cela, mais ils ne sont pas Cela. L’existence de ce Suprême est indiqué par le mot “je“ seulement pour permettre l’interaction dans le monde – pour le bien du monde, mais pas pour le bien de Cela.
Mon expérience est uniquement celle de l’Ame Universelle, qui est énergie, lumière, et puissance — l’Universel suprême lumineux par lui-même. Il est venu pour l’évolution et il a évolué. La lumière Universelle vient pour l’évolution et elle évolue.

AC: La lumière évolue ?

Ajja : La lumière et la puissance sont venues, mais maintenant seule la lumière reste dans la forme évoluée. Il n’y a pas de puissance. Ce qui demeure dans ce corps physique est l’âme, qui n’est rien d’autre que lumière et puissance lumineuses par elles-mêmes. Et au cours de l’évolution, la puissance se dissout, laissant seulement la lumière.

AC: Pourriez-vous répéter cela ?

Ajja : L’habitant de ce corps est une lumière et une puissance universelles. Et dans le processus de l’évolution, la puissance se dissout et la lumière reste. Mais la réalité de cela ne peut pas vraiment être communiquée. C’est seulement par le contact, la proximité avec une âme réalisée que l’on peut le comprendre. C’est l’une de ces questions dont la réponse ne peut être trouvée que dans le silence. Autrement, elle devient un simple discours dont aucun d’entre nous ne tire profit.

AC: Je comprends que les plus importantes réponses ne peuvent être données par des mots, qu’elles ne peuvent être trouvées que par l’individu en silence. Et cependant mon expérience est qu’en posant ce type de questions des choses magiques et extraordinaires arrivent parfois.

Ajja :Même si la vérité sort ou si, comme vous dites, des choses magiques et extraordinaires arrivent, quand les mots sortent, ils ne sont rien d’autre que des mots.

AC: Mais les mots venant d’un jnani ont le pouvoir d’éveiller.

Ajja : Vous parlez de jnani. Mais où sont les jnanis ? Qui est un jnani ? Et qui est celui qui reconnaît le jnani ?

AC: Le jnani et celui qui reconnaît le jnani sont un seul et même être.

Ajja :Est-ce votre expérience ?

AC: Oui.

Ajja :Je ne nie pas cette expérience. Mais un jnani n’aura jamais l’expérience de « je suis un jnani ». Il est simplement ce qu’il est. C’est son état originel. Si un état non naturel arrive, il sera étonné. C’est l’état originel, naturel pour un jnani. Il n’y a que béatitude. Il n’y a personne pour éprouver cette béatitude. La personne qui voit est partie. C’est l’évolution. Donc ce qui est, dans ce cas, est un état qui n’est pas un état. C’est l’état originel de tout individu. Mais on doit être prêt à aller vers cet état originel.
En sachant cela, vous savez tout ce qu’il est utile de savoir. Ce qui est venu est une lumière irradiante, douée de lumière. C’est cela la fondation. Il y a des ingénieurs qui construisent le bâtiment, mais nous devons regarder seulement au niveau des fondations, être préoccupés seulement par les fondations. Qui suis-je ? — cette investigation est le fondement. Quand on part à la recherche de Cela, il est possible de trouver une réponse à toutes les questions sur cette terre. Quand vous partez à la recherche de Qui suis-je ? vous atteindrez un état où il n’y a rien. « Je » signifie l’état où il n’y a rien. C’est terminé. Aucune sadhana n’est requise pour cela – seulement la recherche.

AC: La recherche directe.

Ajja :Oui, la recherche directe. Quand le chercheur part en quête de Cela, le chercheur n’est plus. Cet état est Atman, qui est béatitude, qui irradie la lumière, et qui est silence. Jusqu’alors l’ego est là. Ensuite il n’est plus.
Il arrive parfois dans la vie qu’une transformation totale aie lieu à la suite de quelque incident. Regardez les biographies de tous les grands saints du sud de l’Inde – Valmiki, Tulsi Das, Ramana Maharshi, J. Krishnamurti. En fonction de leur karma, à cause de petits incidents, ils ont changé. A travers toutes ces histoires, il y a un fil conducteur. Dans mon cas, par exemple, il y a eu une douleur pendant six mois, puis plus de douleur. Alors la contemplation a commencé ; l’inquiétude est devenue contemplation. La non-vérité est devenue vérité. L’ombre est devenue lumière. Comme pour un fruit, quand il est vert, il est amer, quand il devient mûr, il est doux. Mais la douceur était toujours là. L’amertume s’est transformée en douceur.
Donc l’inquiétude doit devenir contemplation. C’est pour cette seule raison que nous devons donner de l’importance aux pensées. Nous ne devons pas nous agiter ou nous perdre quand nous avons des inquiétudes ou des problèmes. Nous devons en faire l’expérience. Alors il y a une explosion.

AC: Voulez vous dire que nous devons y faire face complètement ?

Ajja :Oui. Faire l’expérience de cela. Et comment devrait être l’esprit pendant qu’on vit l’expérience ? Pendant ce temps, l’esprit doit être focalisé ; l’esprit doit s’absorber dans la contemplation de cela. Quand l’esprit est fixé sur cela, alors…

AC: Vous voulez dire qu’il ne doit pas y avoir de résistance à l’expérience ?

Ajja :Pas de résistance. De cette façon, ce même esprit qui fait l’expérience de tout le reste se dirige maintenant vers la contemplation. Au-delà de cela, il n’y a pas d’esprit du tout. Donc l’esprit lui-même est à la fois la cause de la servitude et le moyen de la libération. Ce monde n’est rien d’autre que la clameur du mental. Quand le travail du mental est terminé, il n’y a plus de mental. Alors tous les désirs sont partis – les désirs que l’esprit imagine. Tout est imaginé ; tout cela est l’esprit. Donc l’esprit doit se retirer. Tous les désirs doivent partir. Même la présence d’un seul désir, vous empêche de tourner l’esprit vers l’intérieur. L’esprit doit aller dans le cœur et commencer la recherche. «Qui suis-je ? Qui suis-je ? Je suis ici dans ce corps. Qui suis-je ?» Nous devons rechercher de cette façon. Quand nous sommes dans cette recherche, par cela même l’esprit disparaît. Nous avons peur de toucher cet endroit. Mais l’esprit doit être totalement parti. Renoncez-y.

AC: Vous avez dit auparavant que ceci est universellement applicable et vrai pour l’humanité toute entière.

Ajja :Oui, c’est une question pour toute l’humanité. Nous avons besoin de liberté. Personne ne veut être asservi. Tout le monde veut être libre. Mon message pour l’univers tout entier n’est pas qu’un seul doit devenir libre. Les autres aussi doivent devenir libres. Le monde entier doit devenir libre. C’est cela mon message.
Quel est le chemin vers la liberté ? Si vous avez une image claire des expériences que j’ai eues au cours de ma vie – les joies et les peines, les triomphes et les misères, les honneurs et les déshonneurs - et comment j’ai réagi à celles-ci, alors cela peut vous aider à trouver votre propre voie. Comment j’ai fait face à ces expériences, comment j’ai avancé dans ma vie, comment j’ai accepté la mort. Comment l’action a eu lieu et comment la transformation est venue. Ma vie entière, une fois comprise, donne une image claire de la voie. Quand nous avons compris toutes ces choses, alors nous devons amener cette compréhension dans notre pratique. Alors nous devenons libres. Si un individu est libéré de cette façon, alors la mission de ma vie est accomplie. C’est pourquoi je fais ces déclarations – pour que cela soit utile au public. C’est pourquoi j’ai accepté cet entretien. Sinon je resterais dans un silence total.

AC: Donc c’est pour le bénéfice de l’humanité.

Ajja :Oui. Ce message est pour l’humanité toute entière. Quand il y a pureté à l’intérieur, l’esprit, le cœur, et l’action sont un. L’esprit et le cœur doivent être purs, et nos actes doivent être de même. Nous devons tous aller au-delà de la pensée vers cet état dans lequel il n’y a aucun obstacle. C’est seulement par cette véritable recherche que l’on devient une âme universelle. Et tout individu a cette capacité. Pas juste un seul. Tout individu a cette capacité de devenir Cela.
Le tableau complet, c’ est l’évolution intégrée de l’individu et de cette puissance. Quand nous devenons totalement libre dans nos actions, alors seulement notre naissance est fructueuse. Alors notre vie est réellement accomplie. La liberté est le but. Tout le monde doit devenir libre. Et tous sont venus à la vie seulement dans ce but – cette liberté elle-même est béatitude pour tous, pour tout individu. Chaque individu doit être libéré de la servitude. Si moi seul deviens libre, cela ne me suffit pas pour me rendre heureux. Tout le monde devrait devenir ainsi. Toute âme doit devenir libre. J’ai eu un aperçu de cette possibilité, et si tout le monde était libre, ce serait une véritable béatitude pour moi.






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